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Je voulais faire cet article à propos mes études parce que vous êtes nombreuses à écrire des mails pour me demander quels ont été mes choix et pourquoi je les ai fait. C’est assez fou parce que grâce à vous je regarde en arrière et je m’interroge sur mes choix. Parce qu’en réalité, je ne l’ai jamais fait avant, j’agis plus que je ne réfléchis. Je ne fonce pas tête baissée non plus, mais je fais confiance à mes tripes… Je vous raconte.

Premièrement, j’ai la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours soutenue, qui me voyaient un peu comme un ovni aussi, et ils devaient s’imaginer que je ne serais jamais heureuse dans une filière économique ou littéraire… À cause des dinosaures à paillettes, entre autres… Donc, j’ai eu la chance de ne pas avoir eu à entendre des phrases comme “Passe ton bac S d’abord”.

Très tôt j’ai découvert l’existence d’un bac STI arts appliqués, après un rendez vous chez la conseillère d’orientation, j’ai su que c’était cela qu’il me fallait. J’étais dans un collège de campagne et j’ai travaillé dur pour avoir des super notes pour entrer dans ce lycée public qui proposait cette option. Alors oui, il existe aussi des lycées privés qui dispensent cette formation mais quand on a un père prof d’E.P.S dans le public, le privé est un vaste concept… Et puis, cela a été un autre challenge que d’être prise dans des établissements publics toute ma scolarité. Donc en 4e j’avais un but, entrer au lycée François Magendie à Bordeaux pour faire un BAC STI Arts Appliqués. J’y suis parvenue, je peux vous dire que cela été dur, plus de 40h de cours par semaine, un univers très féminin, plein de talents, et puis le lycée, la ville et les hormones …

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Et puis après, il a fallu réfléchir à l’après BAC, je me souviens d’un entretien avec mon prof principal que j’adorais Monsieur Alain Garcia, et de mes parents, qui venaient se renseigner sue les “débouchés” existants dans la voie que j’avais choisi de prendre. Je me souviens qu’il avait dit que cela serait dur, qu’il faudrait que je m’accroche et qu’avec un peu de chance je ferai les bonnes rencontres aussi. Il avait été honnête, mes parents venaient d’apprendre que le futur de leur fille était entre les mains du destin. Et moi j’avais la trouille de ne pas réussir à surmonter ma timidité pour faire les bonnes rencontres.

Je me suis affirmée, j’ai enfin assumé que je voulais devenir styliste et entrer à Duperré. L’ENSAA Duperré une des quatre écoles publiques parisiennes, avec Estienne, Olivier de Serres et Boulle. Cela me fait toujours penser aux maisons de Pouldlard maintenant. Mais lorsque que l’on est en terminale, il faut faire un dossier avec tout son parcours scolaire et l’envoyer à des écoles qui proposent les différentes formations qui nous intéressent et ne pas être fermé aux plans B. J’ai donc passé des entretiens à Roubaix, à Cholet et à Paris, pour des BTS design de mode, et des BTS et DMA textile et puis j’ai aussi tenté les arts décoratifs de Strasbourg ( où je me suis bien vautrée…). 

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Projet de 1ère année à Duperré autour de la chemise blanche à Duperré, Photos Mike Palace.

Vous auriez dû me voir à mes entretiens, une petite robe chemise ajourée noire H&M, des socquettes rouges et des salomés en plastique noires Melissa… Et j’avais customisé une valise en carton rouge (comme mes chaussettes) pour y mettre tous mes projets. J’avais habillé l’intérieur avec du papier peint cerises rouges sur fond noir. J’y avais ajouté des volets pour suspendre des carnets… Et j’avais un cadre immense sous le bras qui ne rentrait pas dans la valise, une VRP, sur les routes de France, sa carte de réduction 12-25 ans entre les dents. Quand je repense à moi à 17 ans, je me vois minuscule mais courageuse ! Bref, après les entretiens, on n’a pas la réponse de suite, cela prend des semaines et entre temps il faut passer son Bac… Bon, je n’étais pas une excellente élève au lycée, je faisais un peu mon programme à la carte, préférant les cours plastiques aux matières générales . Mais j’ai quand même eu mon BAC avec la mention assez bien en ayant 4/20 en Mathématiques… Rien n’est impossible, et lors de l’attente des résultats du BAC, ceux des écoles sont tombés.

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Projet professionnel de 1ère année de BTS “Matière grise” à Duperré. Photos Mike Palace.

Mes parents avaient déménagé durant cette période, et le courrier avait été transféré donc cela mettait une éternité à arriver. Et puis un matin, après avoir guetté l’arrivée du facteur, j’ouvre la lettre de Duperré, je n’arrive pas à lire tellement je suis secouée par l’émotion et mes larmes coulent, je suis prise si j’obtiens mon BAC. Je suis assise sur le pas de la porte dans la rue au soleil, je n’ai plus de crédit sur mon téléphone (2006…), je ne peux le dire à personne… La folie, la fête à la maison, je me vois déjà parisienne, mon Erasmus à moi.

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Projet professionel Licence Pro “Patrimoine Anachronique” Photos Garance Li et illustrations Camille Grosperrin.

J’entre à Duperré, cela n’est pas simple d’arriver à Paris, quand on est un piu piu à peine majeur, je ne connaissais personne, et puis il faut aussi savoir que l’école est là pour vous former à un milieu, mais l’école ne façonnera pas votre style. Il faut venir avec sa personnalité et la faire grandir, évoluer. L’école donne des clefs et des outils pour s’affirmer mais ne fera pas de vous le futur Alexander Mc Queen, si vous n’êtes pas né Alexander Mc Queen. Mais L’école est comme une pépinière, c’est à vous de piocher les informations dont vous avez besoin, pour faire grandir votre projet. C’est très important, et je m’en rends compte aujourd’hui lorsque que je fais passer des entretiens, et que je reçois des personnes qui viennent aussi de Duperré, même si l’enseignement est le même, le résultat est complètement différent, je ne trouve pas qu’il y ait de patte “Duperré”, l’école ne formate pas, elle guide pour affirmer ses propres choix. Et je trouve cela génial, mais c’est très dur et il ne faut pas s’attendre à ce que l’école materne ses étudiants, c’est un peu eux aussi qui dessinent les contours de leur éducation. Bref voilà, j’ai eu mon BTS design de mode option mode en 2008 et puis j’ai décidé de continuer une année de plus pour faire une licence professionnelle à Duperré aussi, 12 mois pour une formation entre Paris et la fac de Marne la Vallée, des stages et du temps libre pour réaliser une collection complète à présenter à la fin de ces 12 mois avec un mémoire. Je savais que c’était ma dernière année, et la seule chose que je ne voulais pas, c’est avoir des regrets. J’ai travaillé comme une sourde sur une collection de vêtements pour enfants, et en 2009, j’ai été diplômée et major de ma promotion. Donc tout cela pour dire que la vie est pleine de possibilités, qu’en 2009 je n’aurais jamais imaginé que je serais là en train de vous raconter mon parcours, la seule chose que je retiens, c’est qu’il faut toujours se donner les moyens pour atteindre ses ambitions, s’écouter, travailler dur et ne jamais se contenter de ce que l’on peut avoir… il faut rêver plus haut ! 

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Projet professionel Licence Pro “Patrimoine Anachronique” Photos Nicolas Hidiro plus de photos par ici.

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